Le raz Blanchart
Du haut de la roche hagarde,
Que le flot ronge nuit et jour,
Au lever du soir je regarde
La mer triste comme l'amour.
Le raz Blanchart qui bout et fume,
Pâle de colère et de bruit,
Trace un chemin marbré d'écume
Sur la Manche où descend la nuit.
Au travers des houles qu'il tranche
Et qu'il redresse en hauts talus,
Il pousse au loin sa ligne blanche
Entre leur flux et leur reflux.
Tourné vers ce chemin immense,
Ô femme au visage accompli,
C'est à toi seule que je pense
Et c'est par toi qu'il est rempli.
Illuminant l'ombre farouche,
Tu marches, le front radieux,
Avec un sourire à ta bouche,
Avec une âme dans tes yeux ;
Et les vagues te font cortège,
Comme au temps où les matelots
Voyaient sur ce chemin de neige
Marcher Notre-Dame-des-Flots!