Oraison pour une Chimère
J'eus longtemps un coeur pour jouir
Des ors, des âmes et des fées,
Pâles fantasmes oubliés,
Comme Printemps brûlant soupir,
Aux capitales enjambées...
Je règne en livide royaume,
Sinistre sire aux étranges vers,
Ma rime triche, suicidaire,
Turpe lettrine tel fantôme
Qui mendie l'encre de sa chair,
Vaine aumône, ô blanche apparition !
Prose, fût-elle si pugnace,
Cruelle plume, plurielle trace,
N'est poésie ou rêve abscons,
Ni carré d'or brûlant de grâce,
Son coeur hélas, n'est que poison !
Chaude cigüe des blancs versets,
Aucune moire de Sélène,
Songe perdu, muette peine,
Ne dévoila dans ses reflets
L'antique danse des sirènes,
Nulle obole, ô blême parangon !
t sombre lentement en leur cercle, noyée,
Toute foi sacrifiée sur l'autel de Folie
Ondine de saison, moite mélancolie,
Si l'oraison, ma mort, si la flamme soufflée,
L'âme rugit encor — Ordalie ! Ordalie !
Le sacre du chagrin, un cantique éperdu,
Si pénible refrain, cauchemar, homélie,
Epurés de vertu ! Lors chante Poésie !
Ô verbe ! ô vérité, vois mon âme pendue,
Exalte ma passion — Hallali ! Hallali !
Amen, ô chimérique chanson !