Golfes d'Ombre

La chanson du vent de mer

O vent de mer, ô roi des vents,
Toi qui fais, quand tu te déchaînes,
Crier l’angoisse des vivants
Dans le vaste sanglot des chênes,

Souffle, souffle, grand souffle amer,
O roi des vents, ô vent de mer.

O vent de mer, ô roi des vents,
De nos âmes et de nos portes
Chasse les rêves décevants,
Avec le tas des feuilles mortes.

Souffle, souffle, grand souffle amer,
O roi des vents, ô vent de mer.

O vent de mer, ô roi des vents,
Fais-nous planer dans ton domaine.
Sur l’infini des flots mouvants,
Plus haut que l’espérance humaine

Souffle, souffle, grand souffle amer,
O roi des vents, ô vent de mer.

O vent de mer, ô roi des vents,
Prends notre rêve, et, sur ton aile,
Qu’il monte aux éternels Levants
Ou tombe à la nuit éternelle.

Souffle, souffle, grand souffle amer,
O roi des vents, ô vent de mer.

O vent de mer, ô roi des vents,
On dit que c’est Dieu, quand tu passes,
Qui parle aux âmes des fervents,
Dans l’immensité des espaces.

Souffle à jamais, grand souffle amer,
O roi des vents, ô vent de mer.

— Anatole le Braz