Golfes d'Ombre

Inconscience


Ainsi parlait le père assis sur son nuage :

Ecoute, enfant distrait, écoute le chant de la terre.
Il monte des forêts où les aras pensifs
regardent s'affaisser les palmes des grand arbres

- Le chant, dis-tu ?
Mais ce sont des sanglots qui brisent tout ce bois
que les hommes saccagent...

Ecoute mugir l'océan
et gronder le tonnerre sur les sombres marées.

- J'entends des cris d'oiseaux, aux ailes engluées...

Ecoute alors le chant de l'eau :
il pleut parfois sur le désert

- J'entends gémir, là-bas des enfants qui ont faim
et que le ciel oublie...

Ecoute les guitares sous les balcons fleuris
du soleil andalou
et le vent d'Est souffler l'appel du muezzin.

- Je n'entends que les pleurs aux grilles des prisons,
des accents de douleur sous d'horribles tortures...

Oh! père, n'entends-tu donc que l'écho de ta voix ?
N'oublies-tu pas, parfois, d'interroger ton coeur
pour écouter bruire ,
non pas le doux frisson de l'air dans les roseaux,
mais les battements sourds de la vie qui palpite
et qui souffre,
...ET QUI MEURT ?

— Monique Pierillas