De Plouescat à Brignogan
De Saint-Pol de Léon partis avec l’aurore,
Nous eûmes sous les yeux quelque verdure encore;
Mais le pays bientôt devint aride et gris.
Nous regardions, roulant dans la vieille calèche,
Surgir, de loin en loin, une église et sa flèche
Du milieu d’un bouquet de chênes rabougris.
Le sable et le soleil fatiguaient les paupières.
Plus dune fois, faisant dégringoler les pierres,
Une vache au pied maigre enjambait un talus,
Ou quelque autre, au fossé, s’interrompait de boire,
Et de petits moutons à laine courte et noire
S’enfuyaient devant nous jusqu’à n’en pouvoir plus.
Mais dans ces régions graves et désolées,
Sans ombrage, sans fleur, où les brises salées
N’apportent que des cris plaintifs d’oiseaux de mer,
Bien-aimée ! avec toi j’avançais sans tristesse,
Car le chant de ta voix, la fleur de ta jeunesse
Enchantait, fleurissait le paysage amer.