Les enfants de là-bas
Les enfants de là-bas, voient le jour se lever,
L’asphalte déserté. La rue où rien ne bouge,
Est telle qu’en la nuit, ils ont cru la rêver,
A l’aube revenue, elle demeure rouge.
Ils ont vu, dans l’ombre, des hommes s’avancer,
Les poignets attachés et le cou sous la corde,
Les bottes de soldats, aux marches cadencées,
Résonnaient, dans la rue, d’un rythme monocorde.
Ils ont vu le troupeau, s’en aller, en haillons,
D’une raideur ultime, d’un pas désespéré,
Les lèvres enserrées aux liens des baillons
Et aux cris étouffés, de tortures ignorées.
Ils n’ont pas reconnu, en scrutant la pénombre,
Un seul de ces passants, d’uniformes, encadrés
Mais leur bouche est fermée et leur regard est sombre
Car ils pensent « Mon père » ou bien plutôt, « Mi padre ».
Les enfants de là-bas, sont graves avant l’âge,
Comme déjà certains, d’un destin défini
Et dansent en leurs yeux, les lueurs de l’orage,
Mêlées aux désespoirs des crimes à l’infini.
Et la fleur, en leur cœur, la fleur à peine éclose,
Se colore de sang, en bouquet de saison,
Et en leur âme adulte, la douleur qui explose,
Vient mourir et renaît, sur les murs des prisons.
Au coin de leur chambre, à même le plancher,
Où dorment ces enfants, au cœur de l’incendie,
Les fusils silencieux et à peine cachés,
Attendent ce temps-là où ils auront grandi.