La tempête
Je vous chanteray donq ces deux Laconiens,
Ces deux freres bessons Lacedemoniens.
Sus donq chantons deux fois, voire trois, voire quatre
Ces deux masles garçons Pollux bon à combatre
Aux cestes emplombez, et Castor souverain
A picquer un cheval et le ranger au frein;
Qui sauvent les soldats au milieu des armées,
Quand les batailles sont brusquement animées,
Et quand les chevaliers, pesle-mesle aux combats,
Sous leurs chevaux tuez sont trebuchez à bas
Et qui sauvent encor les navires forcées
Des homicides flots, quand elles sont poussées,
Ou des astres couchans, ou des astres levans,
Comme pour le jouet de fortune et des vents,
Lesquels roulent la vague aussi haut que la croupe
D'un grand escueil marin, maintenant sur la poupe,
Maintenant sur la proue, aux flancs, ou sur le bord,
Ou de quelque costé qu'il plaist à leur effort.
Le mast se .end en deux, et l'antenne cassée
Tombe avecque la hune à morceaux despecée
Le gouvernaf se froisse, et le tillac dessus
Et dessous est remply de larges flots bossus.
Le tonnerre ensoulphré s'éclate de la nue,
Un esclair qui scintille à longue poincte aiguë
Fait un jour incertain du milieu de la nuit
Les cordes de la nef mugissent d'un grand bruit,
La mer tonne à ses bords, que les vents pesle-mesle
Martellent pleins d'esclairs, de pluyes et de gresle.
Toutefois vous sauvez les pauvres matelots,
Et retirez la nef de la proye des flots;
Vous endormez les vents, et flattez la marine
D'une tranquillité gracieuse et benine.
Les nues çà et là se perdent dans les' cieux,
Et la Creche et les Ours apparoissent aux yeux
Des mariniers tremblans, qui donnent tesmoignage
Que la mer se fait propre et douce au navigage.
0 tous deux le secours, ô tous deux le support
De ceux qui sur les flots n'attendent que la mort!
Chantres victorieux, chevaliers et poétes,
Tous deux également mes chers amis vous estes.
Donques, lequel de vous lou'ray-je le premier
Ou Pollux l'escrimeur, ou Castor l'escuyer,
Vous celebrant tous deux? Ta louange premiere,
O Pollux, je diray, puis celle de ton frere…
Extrait de l’Hymne de Pollux et de Castor.